Que vont les formations enseignantes devenir ?

mardi 14 mai 2013

Que vont les formations enseignantes devenir dans l’académie d’Orléans-Tours ?

Effervescence à l’IUFM d’Orléans : la nouvelle structure de formation qui sera délivrée par les Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education ouvertes à la rentrée 2013 est en cours d’élaboration, même si les maquettes des nouveaux concours d’enseignement n’ont pas encore été livrées.

Le 25 mai, les cursus seront finalisés et envoyés au ministère pour recevoir une « accréditation », c’est-à-dire l’habilitation à délivrer des Masters, accordée sous le double patronage du Ministère de l’Education nationale et du Ministère de la Recherche et de l’enseignement supérieur.

La future ESPE est élaborée par l’ensemble des pôles universitaires de l’académie. Jusqu’en 2015, c’est l’université d’Orléans et ses antennes qui accueilleront la nouvelle formation.

Pour l’heure, l’organisation choisie est la suivante : chaque master est associé à un domaine qui représente une discipline universitaire. Pour chaque domaine il y aura des mentions qui préciseront la spécialité et la finalité de la formation. La mention concernant le métier d’enseignant-e s’intitulera « MEEF » c’est-à-dire « « Métier de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation. »

Ce master sera clairement distingué du master « recherche ».

Il y aura une mention MEEF pour le 1er , une autre pour le 2e degré et une autre pour les CPE.

Au sein de ces mentions, il y aura des « parcours-type » globalement définis par le « comité de suivi des masters »au niveau national et qui comprendront un bloc disciplinaire, un bloc didactique, un bloc « contexte et situation d’exercice du métier » ( obligatoire), un bloc « Mise en situation professionnelle » ( obligatoire) et pour finir un bloc « recherche ». Le tronc commun concentrera la plus grosse part des horaires. En théorie, l’initiation à la recherche ,présente dans tous les parcours, permettra des passerelles avec les masters d’autres mentions.

L’objectif est clairement de privilégier le « professionnel » au détriment du disciplinaire, pour coller aux nouvelles maquettes de concours encore non finalisées.

La vision du métier d’enseignant défini par la responsable de la maquette ESPE est celle-ci : « Un enseignant est quelqu’un qui maîtrise une discipline en termes de contenus mais aussi en terme de transposition didactique et qui connaît le fonctionnement d’un établissement scolaire et les élèves. »

D’après le ministère de l’Education nationale, la garantie du niveau de formation disciplinaire est délivrée par l’obtention du Master, et pas par le concours dont la principale finalité est de classer des candidats. C’est l’argument qui justifie l’allègement drastique, notamment en Lettres et sciences humaines, du nombre des épreuves (deux à l’écrit, deux à l’oral).

L’ESPE dans l’académie s’attellera également à la mise en place d’une formation de formateur/formatrice et chaque centre devra en outre se spécialiser vers un autre métier en rapport avec l’enseignement comme la formation des formateurs des CFA, celle d’intervenant sur des sujets spécifiques au sein des établissements scolaires…etc. Le but serait de diversifier les publics et de recevoir des adultes dans le cadre de la formation continue.

Quelques précisions : à côté de Masters mono-disciplinaires existeront des masters pluri-disciplinaires comme Histoire/Géographie, Mathématiques/Sciences, Physique/Chimie. Le centre d’Orléans proposera une formation PLP « Lettres/ Histoire ou Lettres/ Anglais tandis que Tours accueillera le parcours spécifique « Musique ».

Le commentaire du secteur « Entrée dans le métier » :

La masterisation se traduit à l’intérieur des ESPE par un appauvrissement de la part du disciplinaire au profit d’une forme réductrice de l’apprentissage qui consiste à appliquer des procédures d’enseignement et des techniques éducatives calibrées par l’institution elle-même et à utiliser le terrain comme un lieu d’imitation, le réel comme la projection d’un modèle.

L’ESPE pourra-t-elle d’autre part réellement coller aux besoins des futurs enseignant-e-s, si l’on songe que les contenus d’enseignements s’élaborent aussi à partir des compétences propres aux personnels de formation dont disposent les ex-IUFM ?

La représentation du métier qui sous-tend cette formation correspond-elle vraiment à notre modèle professionnel ? Un-e enseignant-e n’est-il/ elle pas d’abord un expert disciplinaire et un concepteur pédagogique avant que d’être le maître d’œuvre d’une politique d’établissement et l’éducateur de ses classes ?

L’ESPE parviendra-t-elle à donner un nouveau souffle au métier ou va-t-elle plutôt « massifier » la relève sans réellement démocratiser l’accès à la profession. Tout est à craindre d’une formation mélangeant apprentissage disciplinaire et professionnel, préparation au concours et préparation du master, où le fléchage universitaire sépare très clairement le cursus enseignement de la préparation à la recherche. Qui sera attiré par une préparation où la part du disciplinaire est nettement en recul et que penser de concours de recrutement réduits à seulement quatre épreuves ?

Une formation initiale focalisée sur une observation, puis une reproduction de tâches pédagogiques préalablement définies, avec un vernis disciplinaire, voilà ce que vers quoi semblent tendre les ESPE qui se mettent actuellement en place. Et ce n’est pas le dispositif « Emploi d’Avenir Professeur » (qui éloignera un peu plus de l’université les étudiant-e-s les plus en difficultés tout en les pré-orientant ) qui contredira cette évolution là.

« L’employabilité » est désormais au cœur de la formation du métier d’enseignant : la notion de « professionnalisation » réclamée à corps et à cris par les détracteurs et détractrices de l’IUFM va « enfin » permettre de faire du professeur, non plus un concepteur mais un simple exécutant de protocoles pédagogiques et disciplinaires. ..