Accueil des collègues stagiaires le 26 août 2013...

jeudi 5 septembre 2013

...le rectorat à la manœuvre dans « la révolution posturale » des futur-e-s titulaires.

Ils étaient 500 stagiaires à se presser dans l’amphi « Erasme » de la faculté de Droit du campus d’Orléans-la Source, en cette matinée grise du dernier lundi d’août.

Madame la Rectrice avait mis un point d’honneur à les recevoir en personne afin de les gratifier de ses encouragements et de sa vision du métier d’enseignant.
S’attaquant à la vaste question du « qu’est-ce qu’enseigner aujourd’hui ? », elle expliqua que le numérique ne faisait pas tout et qu’il fallait aussi s’appuyer ... sur les CDPP et CRDP ( les centres de documentation pédagogique ) et bien se rappeler de l’adage apparemment bien connu du président de l’université, Monsieur Touré, présent pour l’occasion : « Pour faire pousser un arbre, on ne le tire pas par les feuilles ». Une vérité aussi surprenante qu’énigmatique que les professeur-e-s débutant-e-s ne manqueront sans doute pas de méditer pendant les semaines à venir ...
S’ appuyant sur la jeunesse ( parfois présumée ) des lauréat-e-s présent-e-s, elle leur assurait que, du coup, entrer en contact avec les classes ne leur poserait pas de problèmes. Donc, en résumé, malheur aux (trop) vieux qui veulent commencer à enseigner ...
Elle incita ensuite l’auditoire à utiliser sa « liberté » pour comprendre et répondre aux besoins des élèves, sans préciser la relation qu’elle établissait entre une notion toute relative et floue avec un objectif non moins subjectif et général ...
Les points de méthode ayant ainsi été réglés, la fin du discours pu prendre une coloration nettement plus lyrique : « L’école vous a marqué puisque vous êtes là. Des personnalités d’enseignants vous ont marqués. C’est ce qui vous a décidé pour ce métier et ça ne se trouve pas ailleurs. Je vous souhaite d’être ce marqueur pour vos élèves. Vous saurez alors pourquoi vous avez choisi ce métier. Bon courage à tous ».

Sur cette note encourageante donc, la parole revint à M. Montlivet (chargé de la formation ) qui félicita habilement les stagiaires d’avoir réussi « un concours difficile, notamment dans certaines matières » ... Il exposa ensuite l’objectif majeur de la formation proposée : la prise en main de la classe à partir des spécificités disciplinaires.

Mme Ropital, Directrice des ressources humaines, se chargea ensuite d’un petit exposé sur les « Droits et Devoirs des fonctionnaires » : elle évoqua notamment le « Droit à la protection statutaire » que « le fonctionnaire peut demander en cas d’agression. » Nous ne pouvons, pour notre part, que tempérer ce soudain accès de solidarité administrative, par le souvenir de quelques cas récents, et ô combien douloureux, qui ont malheureusement montré que le problème n’était pas tant pas de demander protection à l’administration que d’en obtenir des manifestations concrètes et effectives !

M. Diger, Doyen de l’inspection, s’est ensuite chargé de définir les axes forts du métier d’enseignant aujourd’hui qui sont, d’après lui : gérer l’hétérogénéité des classes ( surtout, évitons les problèmes avec les parents d’élèves ...), organiser son enseignement à partir des acquis des élèves ( évitons les problèmes avec les élèves, lesquels savent toujours forcément quelque chose ), instruire et éduquer ( arrachons nos élèves à la délinquance ), développer des compétences ( préparons l’employabilité de la future main d’oeuvre ) et évaluer ( arrangeons-nous pour que tout le monde ait la moyenne ). A noter que, pour illustrer son propos sur les compétences, M.Diger a expliqué,dans une intention pédagogique manifeste et somme toute, louable, en direction des novices de l’assistance que, par exemple, l’acquisition du calcul des pourcentages était important pour permettre ensuite aux élèves de faire leur choix entre deux promotions au supermarché !

M. Montlivet précisa que tous les lauréats des concours externes, internes, réservés et du privé représentaient 430 personnes avec, en plus, 220 contractuels-admissibles, soit un total de 650 nouveaux enseignants à recevoir et à former dans notre académie. Le passage de l’IUFM à l’ESPE ne modifie pas fondamentalement l’esprit d’une formation qui s’appuie sur le principe de l’alternance théorie/pratique, l’acquisition du référentiel des 10 compétences, le respect des spécificités disciplinaires.

M. Frontera, chargé de mission à l’ESPE, compléta ces propos en affirmant que les professeur-e-s avaient une triple mission : culturelle, avec la transmission d’un savoir, politique, « l’école étant l’espace dévolu à la recherche de la vérité » ( sic,) et philosophique, en rendant chacun-e- capable de penser par lui/elle-même. Diantre !!! le même M. Frontera expliqua aux stagiaires qu’ils allaient ainsi réaliser cette année, en passant du rôle d’étudiant à celui de professeur, « une révolution posturale » : on espère pour eux que la position ne sera pas trop compliquée !

Pour finir, M. Jardinier, IPR de l’enseignement technique, évoqua les modalités d’évaluation et de titularisation des stagiaires. Ceux-ci seront « positionnés sur les 10 compétences dès le bilan intermédiaire de janvier », et le tuteur sera consulté pour « évaluer leurs positions » : on ne sait plus bien s’il s’agit d’une formation au taï chi chuan ou à la transmission disciplinaire...
A moins que l’ESPE ne soit finalement un véritable lit de Procuste et alors là, tout s’éclaire : oui, les stagiaires doivent nécessairement être jeunes, car il faut absolument qu’ils soient ...SOUPLES !!!! C’est cela la vraie différence : à l’IUFM, le stagiaire était formé, à l’ESPE le stagiaire est « positionné. »
Au passage, M. Jardinier rappela que les formateurs ( tuteurs et inspecteurs) étaient aussi les évaluateurs ce qui est tout à fait contraire à ce que le SNES revendique depuis des années, à savoir la dissociation des deux missions sans laquelle l’expérimentation et les tâtonnements des stagiaires sont impossibles. Il est en effet important et légitime que le stagiaire puisse se tromper et échouer en toute confiance, tout au long de son année, si l’on veut former un expert responsable et acteur de ses pratiques.

Tout cela n’échappa pas aux stagiaires : l’un d’entre eux demanda quel était le pourcentage de titularisation dans l’académie, l’autre chercha à savoir si la validation intermédiaire était définitive sur certaines compétences. Enfin, un autre attira l’attention de toute l’assemblée sur le triste sort des concours réservés soumis à un horaire de 18 heures, assignés aussi à des heures supplémentaires parfois, et contraints de suivre en plus la formation.

Heureusement, la présence de nos forces militantes tout au long de la matinée, a convaincu bon nombre des stagiaires que, dans cette aventure posturale compliquée qui les attendait, le SNES-FSU serait là , attentif, motivé et prêt à les épauler, à les soutenir chaque fois que nécessaire.